Sans trace, un homme n’existe pas

Reconstitution d'un habitat migrant, France XXI siècle

Youssef Bouchia, Jean-Michel Baron, ins­tal­la­tion lors du fes­ti­val ” Les Aventuriers”, Pau octobre 2014

Archéologie contem­po­raine

En février 2011 lors d’une visite de l’usine désaf­fec­tée de chaus­sures BIDEGAIN à Pau nous avons décou­vert les traces d’occupation récente d’une popu­la­tion fami­liale nom­breuse.
Deux pièces, en par­ti­cu­lier, ont attiré notre atten­tion. Le mobi­lier en place, l’abandon de pho­tos, d’objets per­son­nels, de jouets, don­naient l’impression d’un départ pré­ci­pité : Fuite ? Expulsion bru­tale ?…
Nous avons fait un relevé pré­cis du site, pris de nom­breuses pho­tos, conservé un maxi­mum d’objets à l’exception du mobi­lier lourd (Lits, mate­las, tables, chaises) dont il nous serait facile de trou­ver l’équivalent.
Utilisant la démarche de l’archéologie de « sau­ve­tage », notre tra­vail per­met de sau­ve­gar­der et de pré­sen­ter un habi­tat éphé­mère de popu­la­tion migrante en France, au XXIème siècle, des­tiné nor­ma­le­ment, comme tous les habi­tats de pauvres, à une des­truc­tion rapide.

« Sans trace, un homme n’existe pas. » Bertrand Tavernier : La vie et rien d’autre

Lorsqu’ils ne sont pas rete­nus dans des espaces de confi­ne­ment : Camps de réfu­giés, de concen­tra­tion, d’extermination (Roms), centres de réten­tion, réserves, les popu­la­tions « errantes » sur­vivent, dans les inter­stices du ter­ri­toire urba­nisé: hôtels insa­lubres, décharges, squats, friches indus­trielles.
Pas de papiers, pas d’existence légale, pas de mai­son, pas de ville, pas de monu­ment, pas d’Histoire, réser­vée aux occu­pants pro­prié­taires donc légaux du Territoire. Les traces de leur pas­sage sont brû­lées, détruites au bull­do­zer. Sans trace, « ils » n’existent que comme phé­no­mène éco­no­mique, poli­tique, comme une inva­sion para­si­taire qui vient infec­ter notre société et dont il faut se débar­ras­ser au plus vite.
Notre tra­vail a pour ambi­tion de les faire exis­ter en tant qu’individus, en tant qu’humains.

Incendie camp Rom, Bobigny, 12 février 2014

Incendie camp Rom, Bobigny, 12 février 2014

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