Un monstre froid dans la loi de la jungle

Le texte qui suit a été écrit par Raoul Marc Jennar (1) en pré­face du livre d’Isabelle Delforge:  “Nourrir le monde ou l’agrobusiness. Enquête sur Monsanto” (2). Il montre que Monsanto ce n’est pas seule­ment les OGM (3) et que le débat: OGM ou non, ne se limite pas à des ques­tions  de sécu­rité sani­taire…
Ce texte a déjà été publié sur le site stop-monsanto

(1) Raoul Marc Jennar, cher­cheur auprès du mou­ve­ment social, URFIG/Fondation Copernic, email : urfig@wanadoo.fr, blog:http://www.jennar.fr/
(2) Nourrir le monde ou l’agrobusiness. Enquête sur Monsanto, par Isabelle Delforge. Publié à Bruxelles par Les Magasins du Monde Oxfam et Oxfam-Solidarité, à Poitiers par Orcades et à Lausanne par la Déclaration de Berne, mai 2000, 110 pages.
(3) Par contre, les OGM c’est Monsanto:  Selon le rap­port 2006 des Amis de la Terre, « près de 90% de toutes les varié­tés OGM com­mer­cia­li­sées au monde contiennent des traits géné­tiques Monsanto »

Monsanto créé un état totalitaire
Pour les géné­ra­tions de la pre­mière moi­tié du XXe siècle, l’Allemand Krupp, le Britannique Vickers et le Français Schneider-Creusot étaient deve­nus syno­nymes de mar­chands de mort. Pour ceux qui sont nés après 1945, c’est l’Américain Monsanto qui a pris cette sinistre suc­ces­sion. Car, aujourd’hui, s’il est une entre­prise dont les acti­vi­tés en ont fait le sym­bole mon­dial de la nécro-entreprise, c’est incon­tes­ta­ble­ment cette société trans­na­tio­nale qui, de l’agent orange à la semence « Terminator» en pas­sant par la pro­duc­tion de PCB, de pes­ti­cides et her­bi­cides hau­te­ment toxiques, d’hormones de crois­sance can­cé­ri­gènes et d’organismes géné­tique­ment modi­fiés (OGM), a recher­ché les pro­fits les plus grands en fabriquant les pro­duits les plus nocifs. Tout en affir­mant le contraire et en pré­ten­dant pro­mou­voir les sciences de la vie et nour­rir l’humanité… !

Cette iden­ti­fi­ca­tion de Monsanto avec la pro­duc­tion pour la mort peut même être pous­sée plus loin encore puisque des liens par­fois étroits l’associent au nazisme. Parmi ceux-ci, on notera que Monsanto est devenu, après la deuxième guerre mon­diale, un par­te­naire de l’IG Farbenfabriken au sein de Chemagrow Corporation. L’IG Farbenfabriken avait apporté un sou­tien finan­cier déci­sif au parti nazi dans les années trente et elle avait fabriqué le gaz des­tiné à Auschwitz au début de la décen­nie sui­vante. A Chemagrow Corporation, des chi­mistes nazis et amé­ri­cains ont tra­vaillé ensemble à la mise au point d’armes chi­miques, les pre­miers par­ta­geant avec les seconds le fruit de leurs expé­riences dans les camps d’extermination de l’Allemagne hit­lé­rienne.

Personne ne sera plus sur­pris, dès lors, de lire de la plume même d’Edgar Monsanto Queeny, pré­sident de cette entre­prise à par­tir de 1943, qu’il se recon­nais­sait comme ” a cold, gra­ni­tic belie­ver in the law of the jungle “(1). Ce qui est à l’oeuvre avec Monsanto, c’est l’idéologie du plus fort, nour­rie des théo­ries éco­no­miques des libé­raux man­ches­té­riens et de leurs dis­ciples de l’Ecole de Chicago.

Monsanto empoisonne la planèteAlors que les pro­duc­tions de Monsanto sont autant d’atteintes aux droits fon­da­men­taux des êtres humains, les gou­ver­ne­ments réagissent au mieux par l’indifférence, au pire — et le plus sou­vent — par la com­pli­cité. Face à cette déser­tion de ceux qui sont cen­sés exer­cer la res­pon­sa­bi­lité de l’intérêt géné­ral, il ne reste plus aux citoyens qu’à prendre en charge eux-mêmes la qua­lité de leurs moyens de sub­sis­tance et de leur cadre de vie. Ce qui com­mence par l’information.[…]

En agis­sant sur l’alimentation et sur la santé, on s’assure un contrôle absolu des peuples pla­cés ainsi dans une dépen­dance totale. Aldous Huxley et Georges Orwell sont dépas­sés par la réa­lité. Selon la for­mule uti­li­sée par un de leurs cadres, « la cap­ta­tion de la tota­lité de la chaîne ali­men­taire » est l’objectif ultime des trans­na­tio­nales de l’agrochimie. La fabri­ca­tion d’OGM et le bre­ve­tage du vivant en sont les moyens tech­niques. L’Union Européenne et l’Organisation Mondiale du Commerce four­nissent le cadre légal.

Pour pro­té­ger et accroître la pro­duc­tion agri­cole, Monsanto pro­pose des pes­ti­cides et des her­bi­cides. Les per­for­mances toujours plus pous­sées de ceux-ci finissent par mettre en péril la plante même qu’on veut pro­té­ger. Plutôt que de remettre en cause le pro­duc­ti­visme à l’origine de cet usage inten­sif de pro­duits qui empoi­sonnent les sols et les réserves en eau, qui ont un impact sur la santé des ani­maux et des consom­ma­teurs et qui grèvent le bud­get des exploi­tants agri­coles, plu­tôt que de don­ner à la recherche l’objectif de dimi­nuer la noci­vité des pro­duits de trai­te­ment, Monsanto et les autres géants de l’agrochimie pré­fèrent recou­rir aux mani­pu­la­tions géné­tiques sur le vivant. Car l’objet de la recherche, ce n’est pas l’amélioration de la qua­lité de la vie et de l’environnement, c’est l’invention de ce qui est sus­cep­tible de deve­nir com­mer­cia­li­sable. On crée donc des espèces végé­tales Monsanto qui résistent aux pes­ti­cides et aux her­bi­cides Monsanto. Et à eux seuls. Le lien de dépen­dance est éta­bli puisqu’il faut néces­sai­re­ment avoir recours aux uns et aux autres pour garan­tir la pro­duc­tion. « Chaque graine géné­tique­ment modi­fiée est la pro­priété de son inven­teur » sou­ligne José Bové, qui ajoute « Les OGM sont une tech­nique de domi­na­tion et la bre­ve­ta­bi­lité est le prin­ci­pal outil per­met­tant cette domi­na­tion. (2) » Car, pour confor­ter et étendre ce lien de dépen­dance à l’ensemble de la pla­nète, Monsanto fait bre­ve­ter les OGM. Ces bre­vets sont pro­té­gés par les règles sur le bre­ve­tage du vivant impo­sées à tous les pays par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et, dans l’Union Européenne, ren­for­cées par une direc­tive du 6 juillet 1998 dont la por­tée est plus large encore et qui est, en outre, impo­sée aux « par­te­naires » de l’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.

Mais cela ne suf­fi­sait sans doute pas. Pour garan­tir une «cap­ta­tion » totale de la chaîne ali­men­taire et empê­cher toute vel­léité d’indépendance des pay­sans, le « génie La Mort Monsantogéné­tique » est devenu faus­tien : il a donné nais­sance à une semence qui ne germe qu’une fois, grâce à l’introduction d’un gène auto-destructeur. C’est la semence Terminator dont Monsanto a acquis les droits. Elle rend impos­sible le recours tra­di­tion­nel à la semence fer­mière, c’est-à-dire la semence pré­le­vée dans la pro­duc­tion de la récolte pré­cé­dente, ce qui oblige le pay­san à ache­ter chaque année de nou­velles semences. On com­prend dès lors l’indignation d’un José Bové : « Ces pra­tiques violent le droit ances­tral, mil­lé­naire, et reconnu par­tout dans le monde, à pré­le­ver sur sa récolte pour celle à venir. » L’annonce récente par Monsanto de l’abandon de cette semence n’empêche pas sa fabri­ca­tion par d’autres firmes et, en par­ti­cu­lier, sa com­mer­cia­li­sa­tion pro­chaine par son inven­teur, la firme Delta & Pine Land Co. La tech­no­lo­gie Terminator a fait l’objet d’une tren­taine de bre­vets déte­nus par dif­fé­rentes socié­tés trans­na­tio­nales agro­chi­miques.

Afin de s’assurer le contrôle de la chaîne ali­men­taire mon­diale, « de la graine à l’assiette » comme dit José Bové, les trans­na­tio­nales de l’agrochimie, Monsanto en tête, s’emploient désor­mais à étendre la pra­tique des mani­pu­la­tions géné­tiques et du bre­ve­tage à toutes les espèces vivantes sus­cep­tibles de ser­vir comme ali­ments ou comme médi­ca­ments dans l’ordre végé­tal, mais éga­le­ment dans l’ordre ani­mal où le recours aux hor­mones ou autres acti­va­teurs de crois­sance, l’emploi de farines ani­males fabriquées à par­tir de com­po­sants dan­ge­reux pour la santé (quand il ne s’agit pas tout sim­ple­ment d’excréments ou d’huiles de vidange…), l’usage inten­sif d’antibiotiques, montrent déjà que l’objectif n’est pas de four­nir une ali­men­ta­tion de qua­lité, mais de satis­faire la recherche de pro­fits toujours plus grands par les branches phar­ma­ceu­tiques de l’agrochimie mon­diale.

Avec les OGM et le bre­ve­tage du vivant, un méca­nisme de la ser­vi­tude se met en place où pay­sans et consom­ma­teurs du monde entier deviennent les otages des trans­na­tio­nales du com­plexe agro­chi­mique.

Au nom d’un objec­tif défini non pas en fonc­tion des besoins réels des peuples, mais bien en fonc­tion des pro­fits recher­chés par ceux qui agissent en amont comme en aval de la pro­duc­tion agri­cole, un pro­duc­ti­visme fré­né­tique conduit à des pra­tiques dom­ma­geables pour des mil­liards de per­sonnes dans les pays du Sud, mais éga­le­ment et de plus en plus, dans les pays indus­tria­li­sés. Sans que les pay­sans aient for­mulé une demande, sans qu’ils aient été consul­tés et sans qu’ils aient pu expri­mer un choix, un modèle pro­duc­ti­viste leur a été imposé.

Monsanto la sorcièreLa géné­ra­li­sa­tion des OGM bre­ve­tés dans le cadre des poli­tiques prô­nées par l’OMC va dépouiller les peuples du Sud de leurs res­sources natu­relles et main­te­nir sinon accroître la famine et la mal­nu­tri­tion. Elle favo­rise déjà l’exode rural et la déser­ti­fi­ca­tion des cam­pagnes tout en pro­voquant la des­truc­tion mas­sive des éco-systèmes. D’un point de vue sani­taire, elle fra­gi­lise, par les incer­ti­tudes qui demeurent, la qua­lité de la chaîne ali­men­taire tout en déclen­chant, ce dont on est cer­tain, des méca­nismes sus­cep­tibles de rendre incu­rables cer­taines mala­dies chez les plantes, les ani­maux ou les humains. Enfin, l’introduction dans l’ordre natu­rel de varié­tés géné­tique­ment modi­fiées pro­voque une « pol­lu­tion géné­tique » dont les conséquences sont à ce jour tota­le­ment impré­vi­sibles.

Mais de tout cela, Monsanto n’a cure, puisque, selon son direc­teur de la com­mu­ni­ca­tion, « Nous n’avons pas à garan­tir la sécu­rité des pro­duits ali­men­taires géné­tique­ment modi­fiés. Notre inté­rêt est d’en vendre le plus pos­sible (3) .» Propos qui ne seront pas contre­dits par ceux qui, à l’OMC, four­nissent le cadre légal aux pra­tiques des entre­prises trans­na­tio­nales agro­chi­miques dont Monsanto consti­tue à la fois une avant-garde, un modèle achevé et un sym­bole.

Quand la qua­lité de la vie et la sécu­rité sani­taire laissent indif­fé­rents ou négli­gents la plu­part des déci­deurs poli­tiques, cris­pés sur le court terme et sen­sibles aux pres­sions des milieux d’affaires, quand les acteurs éco­no­miques refusent toute fonc­tion sociale et pri­vi­lé­gient la recherche effré­née d’un pro­fit toujours consi­déré comme insuf­fi­sant, quand la recherche scien­ti­fique, délais­sée par les pou­voirs publics, doit vendre son indé­pen­dance aux bailleurs de fonds pri­vés et renon­cer dès lors à sa capa­cité cri­tique et à une inter­ro­ga­tion per­ma­nente sur son rôle dans la société, ce qui triomphe c’est une orga­ni­sa­tion mar­chande du monde. Au béné­fice exclu­sif, mais consi­dé­rable d’une toute petite mino­rité d’individus et de ceux qui sont à leur solde.

Cette dérive est vou­lue par les socié­tés trans­na­tio­nales et accep­tée par leurs relais dans la classe poli­tique. Les accords de l’Uruguay Round gérés depuis 1995 par l’OMC lui ont fourni un cadre légal et l’illusion de la légi­ti­mité. Mais ils ont favo­risé en même temps une prise de conscience pla­né­taire des enjeux vitaux auxquels les femmes et les hommes sont aujourd’hui confron­tés. Le livre d’Isabelle Delforge, qui nous dévoile les objec­tifs et les méthodes d’un des plus impor­tants acteurs de la mar­chan­di­sa­tion de la pla­nète, nour­rit cette prise de conscience. C’est un outil indis­pen­sable pour la construc­tion d’un monde citoyen.
Dr. Raoul Marc JENNAR, Chercheur

L’article et le livre sont parus 8 ans avant l’enquête de Marie-Monique Robin pour ARTE.


• 1 ” un croyant de gra­nit froid, dans la loi de la jungle” . The Spirit of Enterprise, 1934.
• 2 BOVE José et DUFOUR François, Le monde n’est pas une mar­chan­dise. Des pay­sans contre la mal­bouffe. Paris : La Découverte, 2000.
• 3 BERLAN Jean-Pierre et Richard C. LEWONTIN, “La menace du com­plexe génético-industriel” in Soulager la pla­nète, Paris : Manière de Voir-Le Monde diplo­ma­tique, mars-avril 2000.

  1. Elle est pas belle ma chérie

    Je croyais que t’avais fait 2 images ????
    Pour celle-ci OK, mais il faut abso­lu­ment rap­pe­ler au qui­dam que Monsanto sont des agro-industriels nés de la guerre : certes leurs prin­cipes sont oh com­bien guer­riers, par­ceque ce sont des capi­ta­listes sau­vages mais aussi et sur­tout parcequ’ils ont tra­vaillé au ser­vice de la 2ème guerre mon­diale, ce qui leur confère une longue expé­rience en matière de chi­mie, et parce qu’ils étaient en avance sur ce ter­rain, ils ont pu deve­nir pion­niers dans le domaine de la génétique…L’agro-industrie est un sur­plus de la guerre 39 – 45! ne l’oublions pas (comme les bar­be­lés qui ornent nos champs, qui n’existaient pas avant cette fou­tue guerre…) Il faut trou­ver un slo­gan !!! 39 ou 45 bisous !!!

  2. jakie

    tout ce paie dans ce monde … mont­santo et les autres de sa bande paie­rons chere leur crime contre l huma­nite .soyez en sur .

Ecrivez votre commentaire